Indicateur 4.1.1 - Variation nette de la quantité de carbone dans les écosystèmes forestiers
Indicateur de base
Les végétaux assimilent et stockent le dioxyde de
carbone (CO
2), l'un des principaux gaz à effet de serre
présents dans l'atmosphère terrestre, et le transforment
pour produire par photosynthèse les glucides nécessaires
à leur croissance. De par leur vaste répartition
sur la planète et leur grande capacité de stockage
du carbone, les forêts jouent un rôle important dans
l'assimilation mondiale du CO
2, son stockage et son
rejet dans l'atmosphère. Les stocks de carbone évoluent
en fonction du prélèvement de carbone opéré par
les forêts au cours de leur croissance, et des rejets de
carbone dans l'atmosphère opérés par la respiration
des arbres de leur vivant, et par leur décomposition
(notamment à cause des insectes et des maladies)
ou leur destruction par l'incendie, mais en fonction
également des quantités de carbone transférées aux
produits forestiers par la récolte.
Des perturbations comme le feu entraînent non seulement
une libération de carbone au moment où elles
surviennent mais également un transfert de grandes
quantités de cet élément vers la matière organique
morte qui, en se décomposant, le libérera durant les
décennies suivantes. Lorsque des forêts commencent
de nouveau à croître dans les stations perturbées,
elles stockent du carbone. Les variations dans les stocks
de carbone peuvent donc s'expliquer aussi bien par
les effets des perturbations passées que par la structure
des classes d'âge de la forêt. Comme il fallait s'y attendre,
les répercussions potentielles des changements
climatiques sur la fréquence et l'intensité des perturbations
- notamment le feu et les insectes - sont
fort préoccupantes pour la dynamique du carbone
des forêts du Canada (Kurz
et al., 1992).
Les forêts canadiennes représentent environ 10 %
de l'ensemble des forêts de la planète, et il est donc
essentiel de comprendre leur bilan du carbone. Le
Canada pourra ainsi, compte tenu de ce qui est déjà
connu des cycles et bilans du carbone des forêts mondiales,
mieux évaluer le rôle que ses forêts peuvent
jouer pour l'aider à remplir ses engagements en vertu
du Protocole de Kyoto. Cet indicateur dresse le bilan
de l'ensemble des échanges de carbone entre les écosystèmes
forestiers et l'atmosphère et révèle si les
forêts du Canada constituent un puits ou une
source de carbone atmosphérique.
Les chercheurs s'emploient actuellement à perfectionner
et à mettre en ouvre une méthode améliorée
d'estimation de l'évolution des stocks de carbone dans
les forêts du Canada, mais les résultats de leurs travaux
n'étaient malheureusement pas encore disponibles lors
de la rédaction du présent rapport. Une étude de cas
sur les variations des stocks de carbone dans les plaines
boréales du Manitoba et de la Saskatchewan, effectuée
à l'aide de la version améliorée du modèle du carbone,
fournit un exemple des estimations de carbone qui
pourront bientôt être produites pour l'ensemble des
écosystèmes forestiers du Canada. Le bilan national
2000 des critères et indicateurs, qui s'appuyait sur
une version antérieure du modèle du bilan du carbone
pour le secteur forestier canadien (Kurz et Apps, 1999)
et sur un précédent inventaire de la biomasse (Bonnor,
1985), soulignait que les forêts du Canada étaient,
en moyenne, une source de carbone atmosphérique
et avaient rejeté 44,6 Mt de carbone par année entre
1990 et 1994.
Étude de cas : Variations des stocks de carbone
dans l'écozone des plaines boréales
du Manitoba et de la Saskatchewan
Située dans le centre du Manitoba et de la Saskatchewan,
cette région comprend 10,7 millions d'hectares de
forêt, dominée par l'épinette, le sapin et le pin gris.
Des tremblaies et des peupleraies sont présentes
dans les secteurs situés près de l'écozone des prairies.
La variation annuelle nette du carbone des écosystèmes
forestiers de cette région a été négative entre
1990 et 2001, c'est-à-dire que cette forêt constituait
une source de carbone atmosphérique pendant cette
période (figure 4.1a). Cependant, la diminution des
émissions au cours de la période à l'étude s'est traduite
par un bilan du carbone presque neutre en
2001. Au cours de la période à l'étude, la variation
nette des stocks de carbone fluctuait considérablement,
principalement en raison des perturbations
naturelles, comme en 1995, année pendant laquelle
l'activité des feux de forêt a été intense dans les écosystèmes
forestiers (figure 4.1b). Malgré les pics des
émissions associés aux perturbations naturelles, la
capacité globale d'assimilation du carbone de la forêt
de cette région a augmenté durant la période à l'étude,
probablement en raison du nombre croissant de
peuplements jeunes à croissance rapide.
Figure 4.1a Estimations des variations des stocks de carbone dans les forêts de l'écozone terrestre des plaines boréales en Saskatchewan et au Manitoba de 1990 à 2001. (Source : Service canadien des forêts)
Figure 4.1b Superficies incendiées dans l'écozone terrestre des plaines boréales en Saskatchewan et au Manitoba de 1990 à 2001. (Source : Service canadien des forêts)
Il est normal que des régions soient des sources de
carbone certaines années pour ensuite se transformer
en puits et vice versa. Dans le bilan général du carbone
du Canada, il y aura nécessairement des régions subissant
des pertes de carbone et d'autres affichant des
gains, ainsi que des fluctuations dans la contribution
relative des gains et des pertes d'une année à l'autre.
La majeure partie (42 %) du carbone des écosystèmes
forestiers de cette écozone, soit 1208 Mt de carbone,
est stockée dans les forêts feuillues. La part des peuplements
résineux s'élève à 936 Mt (33 %), tandis que
celle des peuplements mixtes est de 698 Mt (25 %).
Dans l'écosystème forestier à l'étude, la quantité
totale de carbone stockée dans chaque classe d'âge
est directement corrélée à la superficie occupée par
cette classe (figure 4.1c). Toutefois, la quantité totale
de carbone de l'écosystème forestier d'une région
donnée ne dépend pas seulement de la superficie
de chaque classe d'âge, mais également de la combinaison
des types de peuplements, de leur rythme
de croissance et des stocks de carbone de leur sol.
Dans d'autres écozones, où les conditions de croissance,
la structure des classes d'âge et l'historique des perturbations
sont différentes, la distribution du carbone
dans les classes d'âge sera également différente.
Figure 4.1c Structure des classes d'âge de la forêt et stocks de carbone (biomasse et matière organique morte) de l'écozone des plaines boréales en Saskatchewan et au Manitoba.
En raison des variations des conditions d'une écozone
à l'autre, il faut se garder d'étendre les résultats de
cette étude de cas à l'ensemble des forêts du Canada.