Les forêts du Canada jouent un rôle écologique clé dans la conservation et la protection des eaux de surface et des eaux souterraines. Les forêts filtrent la pollution et sont le principal habitat de nombreuses espèces aquatiques et riveraines. Les activités d’aménagement forestier modifient les sols forestiers par perturbation, érosion et compaction. L’utilisation de techniques d’aménagement pour protéger le sol et l’eau peut minimiser ces impacts. Toutefois, quand elles sont pratiquées de façon inappropriée, les activités forestières — particulièrement la construction et l’entretien des routes — peuvent avoir des effets négatifs sur la qualité et la quantité de l’eau et sur l’intégrité des sols. Ces effets négatifs nuiront au fonctionnement des écosystèmes et en réduiront la productivité. Par exemple, l’utilisation de mauvaises méthodes d’exploitation dans les zones riveraines peut entraîner une élévation de la température de l’eau par suite de l’enlèvement du couvert forestier et provoquer une augmentation de l’érosion des sols et de l’envasement des cours d’eau. L’exploitation fait également monter le niveau phréatique, particulièrement dans les forêts boréales où les sols sont mouillés et peu profonds, et augmente le débit d’eau du bassin hydrographique en réduisant les pertes par interception et transpiration. Également, les éléments nutritifs du sol sont souvent perdus dans les zones d’exploitation parce qu’ils sont transportés au loin par des eaux de surface et souterraines trop abondantes. Cependant, avec une bonne gestion, les niveaux d’eau reviendront généralement aux niveaux antérieurs à l’exploitation en quelques années et les pertes d’éléments nutritifs seront freinées. Il est difficile et onéreux d’évaluer directement les impacts des pratiques forestières sur les sols ainsi que sur la qualité et la quantité de l’eau dans l’ensemble des forêts canadiennes. Par conséquent, deux mesures sont utilisées comme indicateurs pour évaluer ce critère : la conformité 1) aux normes locales visant à réduire les perturbations du sol et 2) aux normes régissant la construction des routes, le passage des cours d’eau et l’aménagement des zones riveraines. Ces deux indicateurs peuvent donner une mesure efficace de la conservation des sols et de l’eau, pourvu que les normes soient régulièrement mises à jour et appuyées par des travaux de recherche continus à long terme et les meilleures connaissances scientifiques disponibles. Un troisième indicateur de l’élimination du couvert forestier des bassins hydrographiques est également utilisé pour mettre en évidence les régions où il pourrait y avoir des changements importants dans les apports d’eau, le régime d’écoulement et les débits de pointe. Toutes les administrations canadiennes ont appliqué les normes et les règlements visant à réduire les perturbations du sol pour protéger l’intégrité des sols forestiers dans les opérations d’exploitation. Le taux de conformité à ces normes est élevé, ce qui reflète sans doute une bonne compréhension de l’importance de maintenir la productivité du territoire. De plus, la plupart des administrations surveillent régulièrement la conformité aux normes locales qui régissent la construction des routes, le passage des cours d’eau et l’aménagement des zones riveraines. C’est pourquoi une partie importante des zones exploitées est inspectée annuellement et les taux de conformité varient de 60 à 99 %. Étant donné la grande diversité des normes, il est difficile de dresser un tableau national, mais certaines administrations s’orientent vers une plus grande harmonisation. Les provinces et les territoires sont présentement incapables d’estimer la proportion des bassins hydrographiques soumise à des perturbations suffisamment importantes pour renouveler les peuplements au cours des 20 dernières années. Toutefois, des recherches sont en cours pour déterminer la proportion des bassins hydrographiques qui peut être exploitée sans nuire indûment à une gamme de valeurs forestières. Elles devraient donner lieu à des bases de données détaillées sur les bassins hydrographiques, qui serviront d’outils de planification pour prévoir les impacts hydrologiques de l’exploitation forestière et d’autres perturbations sur diverses échelles spatiales et temporelles. La conformité aux normes n’est qu’une partie du tableau quand il s’agit de conserver le sol et l’eau des forêts. Les activités d’aménagement des forêts doivent en outre être adaptées de manière à refléter les valeurs sociétales basées sur la meilleure information scientifique disponible sur les écosystèmes forestiers. Les résultats des nouvelles recherches sur les impacts de l’exploitation forestière doivent être intégrés constamment au cycle de planification de l’aménagement des forêts pour que le sol et l’eau continuent de soutenir le fonctionnement et la capacité de production des forêts. L’information fournie au Critère 6 montre que les gouvernements investissent dans la recherche scientifique sur les sols et l’eau (Indicateur 6.5.3) et que les administrations révisent continuellement leurs politiques, lignes directrices et normes, ou en élaborent de nouvelles sur la base des meilleures connaissances scientifiques disponibles (Indicateur 6.5.4). Ce fait, ajouté aux taux de conformité élevés aux normes relatives aux sols et à l’eau, porte à croire que, bien que l’on puisse trouver certains exemples d’impacts négatifs sur l’intégrité du sol et des eaux (quantité et qualité), la conservation du sol et de l’eau dans les forêts canadiennes n’est généralement pas compromise par les activités actuelles d’aménagement forestier. |