Indicateur 2.5 - Proportion des aires de coupe qui s'est bien régénérée
Indicateur de base
Pour maintenir la productivité des écosystèmes
et garantir un approvisionnement durable en bois,
il faut que les aires récoltées se régénèrent rapidement.
Depuis les années 1990, la plupart des provinces et
territoires canadiens ont adopté des lois ou ont signé
des ententes qui obligent les sociétés forestières à
assurer l'établissement et l'aménagement de la régénération
des superficies qu'elles récoltent, et les
résultats ont été très positifs.
Les aménagistes peuvent faire appel à différentes
méthodes pour assurer un niveau adéquat de régénération
sur les terres qu'ils récoltent. Parmi les
méthodes possibles figurent les coupes de jardinage
dans les types forestiers adaptés à un aménagement
inéquienne, la coupe à blanc et le scarifiage destiné
à promouvoir la régénération naturelle ou l'adoption
d'une méthode d'exploitation modifiée qui protège
la régénération préexistante. Les secteurs coupés à
blanc peuvent également être régénérés par plantation
ou ensemencement.
En 1990, le Conseil canadien des ministres des forêts
(CCMF) confiait aux responsables du Programme
national de données sur les forêts (PNDF) le mandat
de créer une base de données qui décrirait les activités
d'aménagement forestier au Canada. Dans le cadre
de cette démarche, le PNDF a élaboré un programme
appelé REGEN pour rendre compte des activités de
régénération et de l'état des aires récoltées. Les données
de REGEN ont été fournies par les organismes provinciaux
et territoriaux responsables de l'aménagement
des ressources forestières.
Cet indicateur rend compte du succès de la régénération
sur plus de 18 millions d'hectares de terres
forestières publiques exploitées sous un régime
équienne entre 1975 et 2001, années couvertes par
REGEN (figure 2.5a).
Figure 2.5a Régénération forestière sur les terres publiques au Canada. (Source : CCMF, 2006)
Dans l'ensemble, la régénération naturelle joue
un rôle beaucoup plus important que la plantation
ou l'ensemencement dans les forêts canadiennes,
puisqu'elle représentait, en 2001, 85 % des quelque
16,2 millions d'hectares de terres forestières
considérés comme bien régénérés.
L'état de la régénération se fonde sur trois facteurs :
la densité relative des essences d'intérêt commercial,
la densité des tiges d'avenir et la concurrence exercées
par les autres végétaux. Les peuplements inéquiennes
- dont la structure du couvert est entretenue
par des coupes répétées - ne font pas partie
des terres étudiées par cet indicateur. De plus, on ne
dispose pas de données permettant de mesurer la
proportion du territoire où d'anciens peuplements
inéquiennes ont été récoltés et transformés en peuplements
équiennes.
La colonne intitulée 1975 de la figure 2.5a représente
la superficie récoltée en 1975. Celle de 1976 indique
la superficie récoltée jusqu'en 1976 inclusivement
(1975 + 1976), et ainsi de suite. L'expression « non
régénéré» désigne les superficies où la régénération
d'essences d'intérêt commercial (pour la fibre) était
insuffisante lors de l'année d'évaluation de leur état ou
de projection. Ces superficies ne sont pas dénudées :
elles se sont repeuplées d'espèces ligneuses et herbacées
diverses, mais ne portent pas un nombre suffisant
d'arbres appartenant à des essences commerciales
pour être considérées comme bien régénérées
à des fins d'exploitation commerciale. Il est important
de savoir qu'un terrain en voie de repeuplement
sera considéré comme non régénéré pendant un
certain laps de temps (période s'écoulant entre la
récolte et l'établissement de la régénération), même
s'il se régénère adéquatement.
Malgré sa faible augmentation annuelle, la superficie
totale des terres forestières non régénérées qui
s'est accumulée depuis 1975 est importante. En
1993, elle atteignait presque 2,4 millions d'hectares.
Cependant, d'après les données disponibles les plus
récentes, cette superficie diminue graduellement.
En 2001, elle était légèrement inférieure à 2,1 millions
d'hectares (figure 2.5a). Cette constatation est d'autant
plus étonnante que la superficie totale récoltée au
Canada a augmenté de plus de six millions d'hectares
de 1993 à 2001, preuve que les récents efforts de régénération
ont donné de très bons résultats.
Les programmes de plantation et d'ensemencement
utilisent surtout des essences forestières indigènes
pour régénérer les forêts récoltées. Certaines administrations,
comme l'Alberta, interdisent explicitement
l'utilisation d'essences exotiques à des fins
de régénération, tandis que d'autres ont choisi
d'utiliser certaines essences exotiques dans des cas
particuliers. Dans l'ensemble du Canada, les aires
de coupe reboisées à l'aide d'essences exotiques
représentent moins de 1 % presque chaque année.
Environ 13 % des plus de 960 000 ha récoltés au
Canada en 2001 étaient des terres privées. On ne
dispose malheureusement pas de données détaillées
sur les résultats de la régénération sur les terres privées
de la majeure partie du pays, sauf en Nouvelle-Écosse
où des données sur les terres privées industrielles
et non industrielles sont compilées. C'est tout à fait
compréhensible puisque dans cette province les
terres privées avaient fourni en 2001 82 % des récoltes
nettes en termes de superficie.
En Nouvelle-Écosse, la régénération des aires
récoltées sous un régime équienne n'est pas aussi
importante sur les terres privées que sur les terres
publiques. En 2001, 14 % des aires récoltées sur les
terres privées sont demeurées non régénérées comparativement
à 3 % sur les terres publiques. Toutefois,
la régénération des terres privées industrielles
y est très supérieure à celle des terres privées non
industrielles (figures 2.5b et c). La Nouvelle-Écosse
a adopté le
Forest Sustainability Regulations (Règlement
sur la durabilité des forêts) pour remédier à la
régénération insuffisante des peuplements sur les
terres privées non industrielles et dont la mise en
ouvre devrait réduire les superficies non régénérées.
Figure 2.5b Régénération forestière sur les terres privées industrielles de Nouvelle-Écosse. (Source : CCMF, 2006)
Figure 2.5c Régénération forestière sur les terres privées non industrielles de Nouvelle-Écosse. (Source : CCMF, 2006)
À cette fin, le règlement exige que les acheteurs
de bois agréés qui achètent plus de 5000 m3 de bois
rond provenant de boisés privés pendant une année
civile donnée soumettent un plan d'achat de bois dans
lequel ils exposeront en détail comment ils rempliront
leurs obligations en vertu du
Forest Sustainability
Regulations. La plupart des acheteurs agréés choisissent
d'effectuer des activités sylvicoles sur des terres
privées, mais peuvent également décider d'alimenter
directement le Fonds de foresterie durable de la province
qui sert à financer des activités de régénération
sur des terres privées.
La Nouvelle-Écosse se distingue également des
autres provinces et territoires, car elle utilise beaucoup
d'essences exotiques pour régénérer ses aires
de coupe. La superficie récoltée qui y a été reboisée
à l'aide d'essences exotiques dépassait les 30 % en
1994 - le plus fort pourcentage de l'ensemble des
provinces et territoires du Canada - tandis qu'elle
était d'environ 17 % en 2001. L'épicéa commun
(
Picea abies) est l'essence exotique la plus souvent
plantée au Québec et dans les Maritimes où il est
souvent choisi en raison de sa croissance relativement
rapide et de sa résistance à la sécheresse.