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Indicateur 2.3 - Superficies forestières perturbées par les incendies, les insectes, les maladies et la récolte Indicateur de base
Les perturbations naturelles jouent un rôle essentiel dans les forêts canadiennes et contribuent aux fonctions naturelles de l'écosystème et à la diversité biologique. De plus, une faible proportion des forêts du Canada est aussi perturbée chaque année par les activités de récolte qui habituellement contribuent aussi au renouvellement des peuplements forestiers. Puisque les perturbations font partie intégrante de la dynamique des écosystèmes forestiers, toute réduction importante de leur ampleur peut se révéler aussi néfaste qu'une forte augmentation. De nombreux scientifiques et aménagistes sont d'avis que le niveau des perturbations doit demeurer dans une plage acceptable. Au cours de la dernière décennie, la définition de la plage « naturelle» de variation a suscité un grand débat scientifique. Le concept a été adopté, avec plus ou moins de succès, par un certain nombre de gouvernements dans le monde, bien qu'il nécessite en général d'être approfondi. Au Canada, certaines administrations ont entrepris de définir un niveau acceptable de perturbation. L'interprétation de cet indicateur devrait tenir compte de leurs travaux. Néanmoins, même avant que ces diverses démarches ne soient terminées, cet indicateur fournira d'importants renseignements à l'échelon national qui permettront aux Canadiennes et aux Canadiens d'amorcer des débats sur des questions variées, comme la lutte contre les incendies et l'approvisionnement en bois. Les données disponibles sur les différents types de perturbation décrits dans cet indicateur proviennent de diverses sources et s'appliquent à des proportions variées du territoire. Les données sur les incendies de forêt et les infestations sont censées couvrir l'ensemble du territoire canadien, bien que certains incendies ou infestations dans des régions très éloignées peuvent ne pas être détectés et donc passer inaperçus. Les activités de récolte ne se déroulent que dans les régions où croissent des essences d'intérêt commercial - une superficie beaucoup plus petite que celle affectée par le feu et les insectes. Il n'existe malheureusement pas de données nationales pour évaluer l'impact des maladies des arbres à l'appui de cet indicateur. Le feu a toujours fait partie intégrante des écosystèmes forestiers du Canada. Même s'il peut n'apparaître que comme un puissant élément destructeur, comme en ont fait état les médias lors des incendies de forêt de 2003 en Colombie-Britannique, il est en réalité un élément essentiel du renouvellement des forêts. Il contribue à limiter les dégâts causés par les insectes et les maladies et à éliminer la litière accumulée dans la couverture morte. Certaines essences ont en fait besoin de la chaleur intense produite par les incendies de forêt pour libérer leurs graines. Enfin, le feu peut contribuer à réamorcer la succession dans les écosystèmes forestiers en éliminant le couvert forestier et en permettant à la lumière du soleil d'atteindre le sol, favorisant ainsi la croissance des essences de lumière ou essences pionnières. Au Canada, le nombre d'incendies de forêt et les superficies qu'ils ont balayées ont varié considérablement de 1975 à 2005 (figure 2.3a). L'erreur humaine est généralement à l'origine du plus grand nombre d'incendies chaque année, tandis que la foudre provoque les incendies les plus grands en superficie, notamment dans les régions nordiques éloignées. L'activité du feu fluctue considérablement d'une province ou d'un territoire à l'autre au cours d'une même année et d'une année à l'autre dans un même territoire ou une même province. Le nombre d'incendies de forêt et les superficies brûlées de 1975 à 2005 ne présentent aucune tendance notable.
Figure 2.3a Nombre d'incendies de forêt et superficies incendiées au Canada (1975-2003). (Source : CCMF, 2006; Johnston, 2005) Données Mises à jour : PDF | Excel En 2005, 7 438 incendies ont détruit un total de 1,7 million d'hectares au Canada. Il s'est produit en moyenne au cours des 10 dernières années quelque 7 384 incendies par année qui ont balayé environ 1,9 millions d'hectares par an. La saison des feux de 2003 a été particulièrement difficile en Colombie-Britannique. Près de 2 500 incendies ont fait rage dans la province, ont nécessité l'intervention d'un contingent de plus de 10 000 pompiers et employés de soutien et ont détruit quelque 265000 ha (John Parminter, Colombie-Britannique, Ministry of Forests and Range, communication personnelle, 27 septembre 2004), la plus grande superficie détruite par le feu dans la province depuis 1982. Plusieurs facteurs peuvent influer sur la capacité d'une équipe de lutte de maîtriser un incendie. Par exemple, les chances d'éteindre un incendie seront meilleures si l'intervention se fait rapidement, avant que l'incendie ait pu accumuler suffisamment d'énergie. Le vent peut attiser les flammes, et la litière accumulée dans la couverture morte peut alimenter le feu. En Colombie-Britannique, la sécheresse persistante, conjuguée au relief accidenté, a engendré un comportement du feu sans précédent en 2003 et a rendu la suppression des incendies pratiquement impossible dans certains cas. Au mieux, l'extinction des incendies est difficile, malgré les systèmes de protection contre les incendies du Canada de renommée mondiale. C'est pour cette raison qu'une détection précoce des incendies et la prévention jouent également un rôle important dans la stratégie de gestion des incendies de forêt au Canada. En raison du rôle que joue le feu dans l'écologie des forêts, il ne convient pas de supprimer tous les incendies. L'aménagement forestier durable préconise la préservation de la diversité écosystémique afin de conserver l'habitat de la majorité des organismes vivants. Pour mettre en ouvre une telle approche, il faut connaître la dynamique naturelle associée aux incendies de forêt et aux autres perturbations. Comprendre la dynamique du feu en forêt permettra d'exploiter ses effets bénéfiques à des fins d'aménagement forestier. Dans l'ensemble, les superficies perturbées par les insectes ont diminué de 1975 à 2004, la dernière année pour laquelle des données nationales sont disponibles (figure 2.3b). Toujours répandue à l'échelle du pays, la tordeuse des bourgeons de l'épinette se maintient à des niveaux beaucoup plus faibles que lors des infestations majeures du début des années 1970. La défoliation causée par la livrée des forêts est aussi moins grave que la dévastation qu'elle avait causée à cette même époque. Dans l'ensemble, les insectes ont ravagé environ 13 millions d'hectares de forêt au Canada en 2004, les provinces les plus touchées étant la Colombie-Britannique et l'Ontario.
Figure 2.3b Superficies perturbées par certains insectes au Canada,1975-2004. Le total comprend divers insectes dont les courbes ne sont pas montrées. La courbe de l'incidence de la livrée des forêts tient compte d'une estimation non documentée des superficies affectées en 1980. (Source : CCMF, 2006) Données Mises à jour : PDF | Excel Les pullulations d'insectes sont généralement cycliques, des populations atteignant des niveaux records certaines années et dans certaines régions du pays. Comme le montre la figure 2.3b, la livrée des forêts a pullulé à trois reprises de 1975 à 2004. Au cours des dernières années, le dendroctone du pin ponderosa a été particulièrement dévastateur en Colombie-Britannique et son impact est décrit plus en détail dans l'étude de cas ci-jointe. Des infestations importantes d'autres insectes sont également survenues. Ainsi, la tordeuse du tremble cause des dégâts importants en Alberta depuis 2002, et une infestation du dendroctone du pin ponderosa a affecté environ 400 000 ha au Yukon ces dernières années et continue de s'étendre. Le pic des superficies perturbées qu'on observe en 1991 et 1992 est principalement dû à l'arpenteuse de la pruche et à la spongieuse. La majeure partie de la forêt canadienne est constituée de peuplements équiennes, c'est-à-dire composés d'arbres qui arrivent à maturité à peu près au même moment. Comme nous l'avons mentionné précédemment, cette structure est due aux grandes perturbations, comme des incendies de forêt, qui réamorcent la succession écologique dans les écosystèmes forestiers. L'aménagement de ces forêts à des fins de production de bois tente d'imiter le cycle évolutif naturel et fait appel à une méthode quelconque de coupe à blanc pour permettre à la lumière du soleil d'atteindre le sol et aider les essences pionnières à pousser. Dans les peuplements forestiers inéquiennes, le jardinage est couramment utilisé. Cette méthode d'aménagement crée des trouées relativement petites dans le couvert pour maintenir une structure inéquienne caractérisée par la présence d'arbres de tous âges et de toutes tailles. Les superficies perturbées par la récolte fluctuent dans le temps (figure 2.3c). Après avoir atteint un sommet en 1987, elles étaient revenues en 1991 à un niveau à peu près égal au précédent sommet de 1979-1980. Depuis, les niveaux de récolte sont demeurés assez constants et se situent actuellement autour de 900 000 ha par année, soit légèrement plus que le 0,5 % des forêts canadiennes dotées d'accès et donc visées en priorité pour les activités d'aménagement. Cette superficie est considérablement plus petite que celle qui est perturbée par des facteurs naturels. Les Indicateurs 2.5 et 5.3.1 donnent des renseignements additionnels sur la récolte.
Figure 2.3c Superficies forestières perturbées par la récolte au Canada (1975-2004). (Source : CCMF, 2006) Données Mises à jour : PDF | Excel Étude de cas : Le dendroctone du pin ponderosa (Dendroctonus ponderosae) en Colombie-BritanniqueLe dendroctone du pin ponderosa attaque le pin tordu, le pin ponderosa et, plus rarement, le pin argenté. Le pin tordu latifolié, principale essence commerciale en Colombie-Britannique, constitue plus de la moitié du matériel sur pied dans l'intérieur de la province. Les scolytes sont des acteurs naturellement présents dans les écosystèmes forestiers, mais l'activité du dendroctone du pin ponderosa dans le centre de cette région au cours des dernières années a été très intense. Les hivers doux et les pins tordus mûrs très abondants ont favorisé une explosion sans précédent des populations de ce scolyte qui, de plus, a profité du fait que les étés chauds et secs ont stressé ses arbres hôtes et les ont rendus plus vulnérables qu'en temps normal. Les nombreuses années pendant lesquelles les superficies incendiées ont été inférieures à la moyenne dans la province ont fait augmenter la proportion de peuplements âgés qui auraient été autrement balayés par le feu et remplacés par des peuplements plus jeunes. On estime que la Colombie-Britannique compte jusqu'à trois fois plus de pins tordus mûrs qu'il y a environ un sciècle. Par ailleurs, son paysage compte de vastes étendues de pinèdes mûres qui s'y sont établies à la suite d'incendies survenus à la fin du 19e sciècle et au début du 20e. Le dendroctone aurait tué à la fin de 2004 quelque 330 millions de mètre cubes de bois marchand (24 % des pins tordus mûrs). L'infestation, dont les débuts remontent aux environs de 1994, est passée de 165 000 ha en 1999 à quatre millions d'hectares en 2004. Au cours de la prochaine décennie, si le temps froid ne l'arrête pas, le dendroctone pourrait infester jusqu'à 80 % de tous les pins tordus de l'intérieur. Parmi les stratégies de lutte utilisées pour juguler et enrayer l'infestation figurent des activités de détection aérienne et au sol, le piégeage à l'aide de phéromones, l'abattage et le brûlage des arbres infestés et diverses techniques de récolte. Toutes les précautions sont prises pour empêcher la propagation du dendroctone lors du transport des billes récupérées, le débardage, la transformation et l'entreposage de ces billes étant soumis à des règles strictes. La Colombie-Britannique continue de mener des recherches sur le dendroctone du pin ponderosa de concert avec le Service canadien des forêts et d'autres organisations. |