DIVERSITÉ BIOLOGIQUE ÉTAT ET PRODUCTIVITÉ DES ÉCOSYSTÈMES SOL ET EAU CONTRIBUTION AUX CYCLES ÉCOLOGIQUES PLANÉTAIRES AVANTAGES ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX RESPONSABILITÉ DE LA SOCIÉTÉ
Diversité des écosystèmes Diversité des espèces Diversité génétique
Indicateur 1.2.1 Situation des espèces en péril associées à la forêt Indicateur 1.2.2 Niveau de population de certaines espèces associées à la forêt Indicateur 1.2.3 Répartition de certaines espèces associées à la forêt Indicateur 1.2.4 Nombre d'espèces exotiques envahissantes associées à la forêt
Indicateur 1.2.3 - Répartition de certaines espèces associées à la forêt
Indicateur d'appui


L'aire de répartition d'une espèce peut augmenter, diminuer ou se déplacer à la suite de fluctuations climatiques ou d'autres facteurs. L'examen de la répartition de certaines espèces associées à la forêt procure des renseignements additionnels pour évaluer l'état de la biodiversité des forêts au Canada. On a choisi le caribou des bois, la martre d'Amérique, le grand pic et l'autour des palombes pour procéder à des études de cas. Diverses raisons ont motivé le choix de ces espèces : elles jouent un rôle clé sur le plan écologique dans les écosystèmes forestiers, elles ont manifesté une sensibilité à certaines exigences en matière d'habitat, elles sont réparties partout au pays, et il existe des données de surveillance à long terme sur ces espèces.

Étude de cas no 1 :
Le caribou des bois (Rangifer tarandus caribou)
Le caribou des bois est l'une des espèces indicatrices mentionnées dans le dernier rapport (CCMF, 2000). Cet animal a besoin d'étendues relativement vastes et saines de forêts mûres et anciennes, ce qui le rend vulnérable à la fragmentation et à la destruction de l'habitat. Compte tenu de ces caractéristiques, l'espèce peut être considérée comme un indicateur de la connectivité des forêts. D'autres facteurs font pression, notamment la chasse illégale, les maladies et la prédation, les perturbations anthropiques comme le développement industriel ou l'aménagement du territoire, et les perturbations naturelles comme les feux de forêt. Le caribou des bois a constamment cédé du terrain devant le développement humain et n'occupe plus qu'une petite partie de son aire de répartition initiale (figure 1.2c). Plusieurs populations sont mentionnées à l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP). Le caribou des bois est disparu du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse depuis les années 1920, et de l'Îledu- Prince-Édouard depuis plusieurs siècles. Depuis la publication du dernier rapport, trois populations sur cinq ont été classées dans une catégorie de risque plus élevée (tableau 1.2c) après réévaluation du COSEPAC.

Tableau 1.2c Désignations de cinq populations de caribous des forêts depuis leur première évaluation par le COSEPAC en 1984 (source : adapté de COSEPAC, 2002b)
Nom de la population Province Situation en 1984 2000 (mai) 2002 (mai)

Pacifique (Haida Gwaii) CB Disparue Disparue Disparue
Montagnes du Norda Yn, TNO, CB Rare Non en péril Préoccupante
Montagnes du Suda CB, Alb Rare Menacée Menacée
Boréalea TNO, CB, Alb, Sask, Man, Ont, Qc, TNL Rare Menacée Menacée
Terre-Neuve TNL Non en péril Non en péril Non en péril
Atlantique (Gaspésie) Qc Menacée En voie de disparition En voie de disparition
a Les populations montagnardes du Nord et du Sud n'étaient par reconnues comme des populations distinctes par le COSEPAC jusqu'en mai 2000. On considérait qu'elles faisaient partie de la population boréale.
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Figure 1.2c

Figure 1.2c Distribution du caribou des forêts en Amérique du Nord. (Source : SCF, 2003b)

Des efforts provinciaux, nationaux et internationaux visant à protéger d'importantes populations de caribou des bois sont déployés depuis plus de 10 ans. Maintes provinces ont élaboré des stratégies de rétablissement ou de conservation de l'espèce ou s'apprêtent à le faire. La conservation de certaines populations parmi les plus vulnérables est une tâche difficile compte tenu des nombreuses menaces auxquelles elles sont confrontées.

Étude de cas no 2 :
La martre d'Amérique (Martes americana)
La martre d'Amérique, mammifère arboricole de la famille des belettes, vit dans de nombreuses régions boisées du Canada (figure 1.2d). Cette espèce compte deux populations distinctes, la martre de Terre-Neuve et la martre du continent, bien qu'il existe sans doute d'autres populations insulaires isolées, par exemple sur les îles au large de la Colombie-Britannique, dans l'île du Cap-Breton et dans l'Île-du-Prince-Édouard (Kyle et Strobeck, 2003).

Figure 1.2d

Figure 1.2d Distribution de la martre d'Amérique en Amérique du Nord. (Source : NatureServe, 2004)

La martre d'Amérique est souvent associée aux forêts de conifères en fin de succession dans presque la totalité de son aire de répartition (Payer et Harrison, 2003; COSEPAC, 2004). Des études récentes donnent à penser que d'autres types forestiers plus jeunes, susceptibles d'abriter des proies et de fournir à l'espèce une protection contre les conditions climatiques rigoureuses ou les prédateurs, pourraient également constituer un habitat convenable (Poole et al., 2004). Compte tenu de ces caractéristiques, l'espèce peut être considérée comme étant indicatrice de structures forestières intactes.

Parmi les principales menaces à la survie de l'espèce figurent la déstructuration de l'habitat due à la récolte de bois et à d'autres activités sylvicoles ainsi que le piégeage excessif. Les perturbations humaines, les captures accidentelles dans des pièges et des collets destinés à d'autres espèces, la prédation, les maladies et le nombre limité de proies sont aussi des facteurs qui ont contribué à son déclin.

L'effectif est assez stable, mais la martre de Terre-Neuve a été désignée en voie de disparition par le COSEPAC en 2000 et figure actuellement sur la liste de l'annexe 1 de la LEP. Jadis présente partout dans l'île de Terre-Neuve, sa population est à la baisse depuis le début du XXe siècle. On la retrouve aujourd'hui uniquement dans quelques îlots de forêt mûre situés surtout dans l'ouest de l'île. Entre 1980 et 1983, on dénombrait de 630 à 875 individus. En 1998, il n'en restait plus de 300 environ. Une petite population a été introduite dans le parc national Terra-Nova, dans l'est de l'île.

Les exigences relatives à l'habitat de la martre d'Amérique sont souvent prises en compte dans les plans d'aménagement forestier. Au Nouveau- Brunswick, par exemple, les objectifs à l'échelle du paysage concernant l'habitat de l'espèce prévoient le maintien de certains peuplements de conifères mûrs, ce qui a pour effet d'abaisser les niveaux de récolte autorisés dans les forêts à prédominance de conifères. Dans les forêts boréales de l'Ontario, on recommande de préserver des parcelles d'habitat essentiel comportant des peuplements à dominance de conifères de 80 ans et plus pour assurer le maintien de saines populations de martres. Pour sa part, la Colombie-Britannique s'est dotée d'objectifs précis concernant la martre dans le cadre de plusieurs plans régionaux d'aménagement du territoire. Les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon contrôlent le piégeage et mènent des études sur les populations de martres. Toutefois, les conclusions sur les effets des différentes mesures de conservation sont limitées en raison de lacunes dans les données sur les populations de martre et de l'absence de programmes de surveillance à l'échelle pancanadienne.

Étude de cas no 3 :
Le grand pic (Dryocopus pileatus)
Le grand pic est très répandu et présent presque toute l'année dans la quasi-totalité des forêts canadiennes (figure 1.2e). Il recherche les arbres morts ou en décomposition dans les peuplements mixtes ou feuillus pour nicher dans les cavités et se nourrir. Le grand pic joue un rôle essentiel dans l'écosystème en fournissant de grandes cavités à une variété d'animaux sauvages (comme la martre d'Amérique) qui s'y abritent, emmagasinent de la nourriture et s'y reproduisent. Pour cette raison, il est considéré comme une espèce clé. Sa présence dans la communauté forestière peut être un bon indicateur de la structure de la forêt, de l'intégrité des fonctions écologiques et des communautés fauniques tributaires de ces processus.

Figure 1.2e

Figure 1.2e Distribution du grand pic en Amérique du Nord d'après la cartographie estivale du Relevé des oiseaux nicheurs, 1994-2003. (Source : Sauer et al.,2004) Note: Bien qu'il ne soit pas mentionné dans le Relevé des oiseaux nicheurs, le grand pic se retrouve aussi dans le Sud du Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest.

Les pratique sylvicoles peuvent réduire la disponibilité d'éléments structuraux essentiels de l'habitat du grand pic, comme de gros arbres en décomposition (Foothills Model Forest, 2003). Heureusement, maintes provinces ont adopté des lignes directrices et des objectifs d'aménagement forestier qui permettent de combler les besoins du grand pic en matière d'habitat. Selon les données sur les tendances démographiques du Relevé des oiseaux nicheurs (tableau 1.2b de l'Indicateur 1.2.2), l'espèce se porte bien au Canada.

Étude de cas no 4 :
L'autour des palombes (Accipiter gentilis)
L'autour des palombes est un rapace très répandu dans les forêts tempérées et boréales, et il se rencontre dans presque toute la partie septentrionale de l'Amérique du Nord (figure 1.2f). Il peut utiliser une variété d'habitats au cours de la période de nidification, mais il affiche une préférence pour les grands peuplements forestiers comportant de nombreux arbres mûrs ou surannés (NatureServe, 2004; Service canadien de la faune, 2004c). L'autour des palombes a également besoin d'un habitat caractérisé par un haut degré de fermeture du couvert. Compte tenu de ces caractéristiques, il peut être considéré comme un candidat prometteur pour indiquer les changements dans la structure forestière et les forêts anciennes au Canada.

Figure 1.2f

Figure 1.2f Distribution de l'autour des palombes de la sous-espèce atricapillus(presque tout le Canada) et de la sous-espèce laingi(partie côtière de la Colombie-Britannique). (Adapté de SCF, 2004c et du site canadien de la biodiversité, musée Redpath)

Des deux sous-espèces recensées au Canada, la sousespèce atricapillus se rencontre un peu partout au pays et n'est pas considérée en péril par le COSEPAC. La sous-espèce laingi ne se retrouve que dans la région côtière de la Colombie-Britannique, principalement dans les îles de la Reine-Charlotte, l'île de Vancouver et, peut-être, d'autres grandes îles côtières. Elle a été désignée menacée par le COSEPAC; elle figure à l'annexe 1 de la LEP et bénéficie donc d'une protection spéciale. Les populations de la sous-espèce laingi compteraient entre 300 et 425 couples reproducteurs dans toute l'aire de répartition en Colombie-Britannique (Cooper et Chytyk, 2001).

Conscientes de la vulnérabilité de l'autour des palombes aux changements de la structure forestière et des forêts anciennes, plusieurs provinces ont instauré leur propre programme de surveillance et leurs propres lignes directrices en matière d'aménagement forestier en vue de protéger l'espèce et son habitat. En outre, une équipe chargée d'élaborer des stratégies de rétablissement de la sous-espèce laingi a été formée en Colombie-Britannique.