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CONCLUSIONLes forêts du Canada sont parmi les plus étendues et les plus diversifiées au monde et sont au coeur de la croissance et de la prospérité du pays. Elles couvrent environ 41 % du territoire du Canada et représentent approximativement 10 % des forêts de la planète. Le Canada est le plus grand exportateur de produits forestiers au monde. La balance commerciale canadienne dégage chaque année un important excédent et ces produits y contribuent pour plus de 30 milliards de dollars. Au cours des dernières années, le Canada a fait face à de nouveaux défis en matière d’aménagement forestier, des pressions grandissantes étant exercées pour que ses vastes étendues de forêt naturelle soient conservées ou aménagées pour des activités autres que la production de bois. La demande de produits forestiers non ligneux ne cesse de croître, et les Canadiennes et les Canadiens profitent d’une gamme grandissante d’activités culturelles et récréatives liées à la forêt. Les forêts remplissent également de nombreuses fonctions écologiques et contribuent notamment à l’assainissement de l’air, à la conservation de l’eau douce et à la protection de la biodiversité. Face à ces demandes, les responsables des politiques forestières et les aménagistes ont cherché à élaborer de meilleures méthodes d’aménagement durable de cette ressource au profit des utilisateurs actuels et des générations futures.Lors de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (CNUED) de 1992, les forêts sont apparues comme occupant une place importante dans la liste des priorités internationales, et les initiatives en matière d’aménagement forestier entreprises depuis ont visé à faire progresser l’aménagement forestier durable, une approche qui concilie les objectifs environnementaux, sociaux et économiques de l’aménagement conformément aux Principes sur les forêts adoptés lors de la CNUED. Ces initiatives ont stimulé des changements dans la politique et la législation sur les forêts et dans les pratiques d’aménagement forestier d’un bout à l’autre du Canada. Le changement peut-être le plus spectaculaire a été la multiplication des processus de résolution de conflits et de consultations à l’échelle locale lors de la prise de décisions sur les forêts. Depuis les années 1990, les aménagistes et les décideurs ont de plus en plus consulté les intervenants (propriétaires de forêts, industries, peuples autochtones, collectivités locales, etc.) afin de définir des stratégies forestières, des mesures législatives et des plans d’aménagement appropriés. Ces démarches ont entretenu et animé le débat sur la durabilité au sein de la communauté forestière et accru la participation des intervenants à la prise de décisions. Les méthodes d’aménagement forestier qui tiennent compte d’une large gamme de valeurs, comme l’aménagement écosystémique et l’aménagement à l’échelle du paysage, sont maintenant largement acceptées et mises en oeuvre. Elles reconnaissent le dynamisme des systèmes écologiques et sociaux, les avantages de la gestion adaptative et l’importance d’une prise de décisions concertée. De nos jours, les forêts du Canada sont aménagées de manière à fournir une multitude d’avantages à la population canadienne, et l’aménagement moderne des forêts montre qu’il est possible de réaliser des progrès sur la voie de la durabilité. Sur le plan économique, la contribution de l’industrie forestière du Canada au PIB canadien a été d’environ 3 % par année depuis 1995, et le secteur a fourni plus de 370 000 emplois directs chaque année dans l’ensemble du pays pendant cette même période, atteignant un sommet de 376 300 emplois en 2003. C’est un secteur de haute technologie qui investit chaque année jusqu’à 2,8 milliards de dollars dans des technologies intégrées, sans compter des investissements annuels additionnels atteignant 494 millions de dollars dans la science et la technologie afin de se moderniser et d’améliorer son rendement. Sur le plan environnemental, les niveaux de la récolte ont augmenté depuis 1990 mais ils sont très en deçà de la possibilité annuelle de coupe, permettant ainsi aux forêts du Canada d’abriter une diversité d’espèces et d’être résilientes à l’échelle de vastes paysages composés d’écosystèmes dynamiques aux cycles incessants. Les forêts filtrent la pollution, contribuant ainsi à la conservation et à la protection des sols et de l’eau douce, et le taux de conformité à la réglementation forestière destinée à protéger ces fonctions est élevé. Les forêts sont également une source de bioénergie renouvelable, laquelle représente plus de 55 % de l’énergie totale consommée par le secteur forestier, une augmentation par rapport aux 47 % de 1980 qui contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Sur le plan social, plus de 350 collectivités établies un peu partout au Canada, et pour la plupart rurales, dépendent des forêts. Le bien-être économique et social de nombreux peuples autochtones est tributaire d’activités liées aux forêts. La population canadienne accorde une grande importance aux forêts : elles font partie de leur identité culturelle et sont des lieux de loisirs recherchés. Le Canada est un chef de file mondial en foresterie durable. Pour maintenir sa position avantageuse, il devra toutefois réussir à améliorer ses taux de rendement du capital investi, devenir plus concurrentiel sur le marché international, s’adapter aux demandes du public pour l’utilisation variée de la forêt, réduire ou empêcher les impacts de la pollution et des espèces envahissantes sur les forêts, accroître la participation des Autochtones à l’aménagement forestier durable et améliorer la résilience et le bienêtre de ses collectivités tributaires des forêts. Le succès du secteur forestier du Canada ne se démentira pas s’il continue d’évoluer et de s’adapter en appliquant des technologies de pointe à l’aménagement des forêts et à la transformation des produits forestiers; en développant des produits à valeur ajoutée et de nouveaux marchés pour ceux-ci; en améliorant l’information sur les services rendus par les forêts et sur les niveaux de récolte durable des produits forestiers non ligneux; en réduisant la superficie des forêts affectée par l’ozone et les pluies acides; en prenant des mesures d’éradication ou de lutte contre les nouvelles espèces envahissantes associées aux forêts; en continuant d’améliorer les consultations et la coopération entre les peuples autochtones, l’industrie forestière et les gouvernements en matière d’aménagement forestier ainsi qu’en poursuivant ses efforts pour améliorer la disponibilité des connaissances écologiques traditionnelles des Autochtones sur les forêts; et en collaborant avec les collectivités pour garantir leur pérennité. Le CCMF et d’autres parties intéressées à la durabilité travaillent fort pour opérer des changements dans ces domaines et dans d’autres. Les responsables des politiques forestières et les aménagistes du Canada continueront d’être confrontés à des choix difficiles en raison des opinions très divergentes sur l’ordre de priorité en matière d’aménagement des ressources forestières. La mise en oeuvre des critères et indicateurs est une priorité nationale, et les activités de surveillance, à mesure qu’elles se poursuivront, permettront de dégager les tendances de l’état de la forêt, lesquelles pourront orienter les décisions stratégiques. Déterminer les progrès accomplis en matière de durabilité est un processus progressif d’apprentissage continu, et les gouvernements et d’autres parties intéressées s’emploient à améliorer constamment ce processus. Les gouvernements membres du CCMF, en partageant l’information et leurs ressources, ont amélioré leur capacité d’exposer leur situation et ont en même temps réduit leurs coûts. Grâce à leur participation au processus, les intervenants et la communauté forestière sont maintenant mieux en mesure de faire connaître leurs valeurs, ce qui a contribué à rendre les indicateurs plus pertinents. Grâce aux données pertinentes et fiables qui leur sont fournies, les Canadiennes et les Canadiens sont mieux capables de comprendre les options d’aménagement des forêts disponibles, d’apporter une contribution valable et de participer plus activement à la prise de décisions. Le cadre national des critères et indicateurs du CCMF a également conduit à l’élaboration de critères et d’indicateurs au niveau provincial et local qui contribuent à évaluer les politiques et les règlements, facilitent une contribution efficace du public et orientent les pratiques forestières. De plus, les critères du CCMF ont également été utiles à l’Association canadienne de normalisation pour définir les exigences de sa norme concernant la certification de l’aménagement forestier durable, donnant aux clients l’assurance que les produits qu’ils achètent proviennent de forêts aménagées de manière durable. Tous ces efforts font que les critères et indicateurs contribuent à implanter au pays un aménagement durable des forêts. Ce rapport est le fruit d’une collaboration et d’une coopération à grande échelle entre le fédéral, les provinces et les territoires pour déterminer les aspects qu’il faut analyser et rendre public en priorité, cerner les besoins de données, établir les protocoles de collecte des données, compiler les données de diverses sources et interpréter les tendances. Les efforts déployés ont permis de cerner un certain nombre de domaines dans lesquels les données font défaut et des recherches plus approfondies sont nécessaires, comme dans le cas des indicateurs concernant les perturbations des bassins versants, les produits forestiers non ligneux et certaines questions autochtones. Ces lacunes contribueront à orienter les efforts visant à améliorer la collecte de données et guideront les recherches scientifiques visant à améliorer les rapports. Nombre de données clés et de fonds documentaires, englobant une grande variété de types et de formats de données, sont dispersés un peu partout dans des organismes et institutions du fédéral, des provinces et des territoires. Pour dresser l’état de la situation, le CCMF a mis sur pied trois initiatives pour aider à établir un mécanisme national permettant de compiler et de fournir de manière rapide et coordonnée des informations exactes sur les forêts. En premier lieu, le Programme national de données sur les forêts (PNDF), qui recueille et stocke actuellement diverses données permettant l’établissement de statistiques sur les forêts au Canada, va être élargi pour recueillir et stocker les données nécessaires à tous les indicateurs du CCMF. En deuxième lieu, le Système national d’information sur les forêts (SNIF), une fois qu’il sera entièrement opérationnel, permettra à la population canadienne d’avoir accès aux données par Internet. En troisième lieu, un nouvel inventaire forestier national (IFN) permettra d’estimer les tendances de nombreux indicateurs du CCMF et complétera le PNDF et le SNIF, en plus de renforcer la capacité du pays d’évaluer la durabilité de ses forêts. Un défi permanent de l’évaluation des progrès de la durabilité est de déterminer les valeurs de référence des indicateurs, comme des données de base, des cibles ou des seuils, qui permettront de mettre l’information en contexte. Puisque la majeure partie des responsabilités dans les décisions sur l’aménagement des forêts incombent aux provinces et aux territoires du Canada, peu de cibles ou de seuils nationaux identifiables ont été fixés. Il faut continuer de s’employer à améliorer notre capacité d’évaluer les indicateurs et de juger des progrès en matière de durabilité. Il peut notamment s’agir de continuer à déterminer des valeurs de référence nationales ou d’élaborer des outils et des techniques plus perfectionnés pour évaluer les progrès accomplis. Un outil prometteur réside dans la technique de l’analyse multivariable qui a été adaptée par le Centre pour la recherche forestière internationale (CIFOR) aux critères et indicateurs et qui consiste à inviter des membres des divers secteurs de la société à attribuer une note à chaque indicateur (Mendoza et al., 1999). L’analyse des données obtenues à l’aide de cette technique peut révéler comment différents secteurs de la société évaluent les progrès de l’aménagement forestier durable, fournissant ainsi de l’information aux instances chargées de l’élaboration des politiques. Jusqu’ici, cette technique semble surtout avoir été appliquée à l’échelon local, mais la province de l’Ontario collabore avec le CIFOR pour explorer son utilisation à plus grande échelle. Des techniques de ce type peuvent prendre appui sur les solides données forestières existantes pour permettre de mieux comprendre les progrès du Canada en matière d’aménagement forestier durable. BIBLIOGRAPHIEMendoza, G.A.; Macoun, P.; Prabhu, R.; Sukadri, D.; Purnomo, H.; Hartanto, H. 1999.Guidelines for applying multi-criteria analysis to the assessment of criteria and indicators. C&I Tool No. 9 in the Criteria and Indicator Toolbox Series, Center for International Forestry Research, Jakarta. |